Auteur: Mimiko

Série: Pleins de trucs, ça vogue entre du Grandia et du FF…

Genre: euuuuuuuh. Bonne question.

Couple: … Qui sais ?

Disclaimer: Tous les personnages cité appartiennent aux G.girls ou s’appartienne eux même, faut voir.

Disclaimer 2 : Duo, Trowa et Wufei sont à Sunrise; Seishiro, Sakura, Spinel Sun et Keroberos sont à CLAMP.

 


 

Elle courrait au milieu des sapins, faisant fi de la neige qui tombait et qui lui fouettait le visage, le cœur saignant et hurlant.

Le Temps se télescopait. Le Passé et le Présent se rejoignait, faisant trembler le ciel et frémir les âmes.

Dans deux Périodes différentes, deux Arisa parcouraient ce chemin, leurs sentiments, leurs désespoirs identiques.

Elles avaient voulu faire pour le mieux, alors pourquoi tout avait mal tourné ? 

S’éloignant toujours plus vers le nord, dans des lieux où le vent glacial figeait des monuments de glaces changeant et parait les conifères de décorations de cristal, royaume des loups et des ogres de glaces qui faisaient de tout égaré leur pitance.  

Soudain le sol sous leurs pieds se déroba et les entraina sans qu’elles puissent faire quoi que ce soit, à l’intérieur des entrailles glacée de la Terre du Nord.

***

Ils avaient pris la route tôt le matin et avait quitté New Parm, son port et sa plage, pour entrer à l’intérieur des terres par un chemin de terre qui arpentait une végétation magnifique et abondante, globalement tropicale.

Pour Naru qui avait connu les déserts de l’Envers ou alors la flore basse des steppes, c’était merveilleux de voir, de l’autre côté de la planète, cet univers coloré remplis de cascades ou de lagons caché qu’ils traversaient sur des ponts suspendus.

Ils n’étaient pas les seuls à voyager et plusieurs groupes d’une ou de plusieurs personnes les dépassaient ou restaient à plusieurs mètres d’eux, avançant plus lentement.

De temps en temps ils croisaient aussi des chevaliers montés sur des chocobos qui arboraient un bouclier orné d’une croix ailée. Naru supposa qu’il s’agissait d’une forme de police spécifique à la région puisqu’ils les prévinrent de faire attention aux monstres.

Mais elle ne se faisait pas de souci, Trowa, bien que silencieux, ne lui avait pas menti sur ses capacités, bien que sa façon de se battre était très différente de tout ce qu’elle avait pu voir jusque-là.

Il possédait sur son bras droit le plus gros modèle de… De quoi ? Fusil ? Canon ? Naru ne pouvait pas le définir avec précision d’autant plus qu’il ne fonctionnait pas avec des balles mais des capsules que Trowa fabriquait lui-même avec des choses aussi banales que des plantes ou des morceaux de monstres… Et il en plaçait deux ou trois dans son arme pour créer des réactions qui pouvait aller de l’explosion, à la foudre, ou même au soin de son équipe. C’était comme s’il fabriquait de la magie avec ce qui l’entourait. Et cette forme de magie plaisait beaucoup plus à Naru que celle qu’elle pratiquait en temps normal.

En temps normal oui, car Trowa ne lui laissait même pas le temps de se battre ( Et puis elle avait perdu son bâton de mage noir…). Il était tellement fort qu’il détruisait tous les monstres qui se pointaient en un coup.

Après quoi, il s’activait à récupérer ce qui l’intéressait sur les carcasses et à les ranger dans la grande besace qu’il portait.

Néanmoins, comme elle « participait » au combat, elle gagnait quand même de l’expérience puisqu’elle avait pris deux niveaux de plus.

Bref, pour la première fois depuis qu’elle était dans ce monde, elle n’avait plus peur du tout et n’était pas en train de s’inquiéter pour leur survie ou à jouer la grande sœur que personne n’écoute.

Ca faisait plutôt du bien d’être protégé et pris en charge de temps en temps. Elle aurait pu tomber sur bien pire.

Ce qui ne l’empêchait pas cependant de se faire du souci pour ses amies. Elle avait l’intention de leur dire que tout allait bien dès qu’elle trouverait un appareil de communication… Ce qui ne semblait pas très courant dans la région…

Elle s’arrêta alors que Trowa quittait le chemin pour dévaler une pente pour aller cueillir une grande fleur cachée à l’ombre.

-Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-elle.

-Une obscurcine, c’est une fleur assez rare qui ne pousse pas partout. On s’en sert surtout pour faire des poisons.

-Des poisons ? Et tu la ramasse pour ça ?

-C’est toujours bien d’en avoir en stock, et puis enduit sur la lame d’une épée ou sur une pointe de flèche, cela peut aider à terrasser un monstre.

-Ou pour assassiner quelqu’un…

Trowa lui jeta un long regard silencieux.

-Est-ce qu’on ne devrait pas juste fabriquer des potions qui font du bien ? Qui guérissent ? Qui protègent ? En tout cas, moi, si je pouvais en fabriquer, je ne ferais que celles-là.

L’alchimiste émit un petit rire, mais pas moqueur ou railleur :

-Tu pourrais. Il te suffit d’un bon livre de recette.

-Ca tombe bien, je suis plutôt douée pour suivre des recettes.

-… Bonne jusque dans l’âme, n’est-ce pas ? C’est une seconde nature chez vous. 

-…Hum ? Fit Naru qui ne comprenait pas ce qu’il voulait dire.

Elle n’eut pas de réponse car il tourna la tête et se mit à regarder dans le lointain, comme plongé dans ses pensées.

En y réfléchissant, elle se rappela qu’il la prenait pour une mage blanche. Et à vrai dire, ce n’était pas très étonnant, elle se sentait plus de disposition pour aider son prochain que pour l’attaquer. Elle ne comprenait pas pourquoi c’était ce pouvoir-là dont elle avait héritée en arrivant ici. Il faudrait tout de même qu’un moment ou à un autre, elle le mette au courant de la confusion… Enfin, ça pouvait attendre… Encore quelques temps.
Jetant un petit regard sur le visage pensif et séduisant de son compagnon, elle se maudit intérieurement. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien attendre d’un coup de cœur avec un homme qui n’existait pas dans son monde ?
Elle allait bientôt repartir et tout ce qui lui resterait de lui, ce serait des souvenirs… Et sans doute des regrets pour tout le restant de sa vie.  

****

-Et tu seras sage avec ton père…

*Hein ?*

Une belle femme aux longs cheveux châtains lui tapotait la tête en lui souriant avant de se relever et de s’éloigner un peu d’une démarche confiante.

*Mais c’est… ?*

Grésillement

-Il ne faut pas pleurer. Nous serons bientôt réunies ! Chitose nous l’a promis…

Gresillement.

Une femme derrière, plus loin, au sourire tranquille et aux longs cheveux noirs aux douces ondulations. Elle s’éclipsa, le vent s’engouffrant dans sa blouse blanche. 

*Elle nous a menti…*

 

Noir.

 

 

-…N’est ce pas Asuka ?

 

Noir.

****

 Ses paupières s’ouvrirent et Asuka papillonna un moment, ayant du mal à penser clairement.

Elle mit d’ailleurs un long moment avant de reconnaitre une des tentes dont ils se servaient sur le Monde des Dragons.

*Alors on est revenu ?*

Elle se redressa et se frotta les yeux, faisant glisser la couette sur ses jambes. Elle en avait assez de tomber dans les pommes à chaque fois qu’elle invoquait Holy Flame alors elle espéra au fond d’elle-même qu’il s’agissait bien de la dernière fois.

De toute évidence il faisait jour et elle se rendit rapidement compte que dehors, deux personnes étaient en train de se disputer.

-C’EST LA DERNIERE FOIS QUE TU T’ADRESSE A LUI COMME CA !!!!!

-Ah oui, sinon quoi minipousse ?

-JE TE BALANCE DEEP DARK AU CUL !!!!

-Je serais curieux de voir ça.

-GRRRRRR

-S’il vous plait, essayez de vous entendre…

-Quoi Isa ?!? Mais tu as entendu comment il traite Heero ! C’est impardonnable !

-Un tas de boulon qui a besoin d’une fillette pour le défendre ne mérite pas la moindre considération !

-Et puis Mimiko, ça n’a pas l’air de l’embêter… N’est-ce pas Heero ?

-…

-Dites… Ca vous dérange pas de faire autant de bruit à deux pas de quelqu’un qui est censé dormir ? Demanda à brûle pourpoint Asuka en sortant la tête de la tente, l’air vaguement dépitée.

Elle fut aussitôt assaillie par les trois compères, qui stoppés net, la fixèrent une seconde avant de lancer un « ASUKAAAA !!! » en s’attroupant devant l’entrée de sa tente.

-Est-ce que ça va ? Tu as assez récupéré ?

-Oui, je crois.

-On a eu des nouvelles de l’autre équipe ! Ils nous attendent au pays d’Aura !

-Le pays d’Aura ?

Asuka tourna la tête vers Duo, inquiète :

-Ça ira pour toi ?

-Si on ne s’approche pas trop des villes, ça devrait le faire ! Et on risque juste l’embêtement d’avoir la Guilde de la Croix de l’Ange au cul !

-Ouais bein ils sont vachement forts, rappela Isaka avec un regard noir pour Duo.  

Mimiko les écouta sans comprendre et tourna son regard vers Heero qui se tenait à l’écart :

-Croix de l’Ange. Guilde répertoriée. QG : Pays d’Aura, capitale d’Anastasie. Chef de Guilde : Zechs Merquise de classe « Paladin », nombres de membre : 57. Enregistrée dans le type de « rassemblement idéologique de combattants ».

Ils s’étaient tous arrêté de parler pour écouter Heero débiter ses connaissances.

-Comment se fait-il qu’un cyborg de l’Envers soit aussi bien renseigné sur une guilde de l’Endroit ? S’étonna Asuka.

-Une guilde est quelque chose de particulier dans le sens où elles ne sont pas contrôlées. C’est d’ailleurs pour ça qu’Avalanche peut aussi bien faire un pied de nez à Aura que faire chier en Envers. Néanmoins, toute guilde doit être signalée sous peine d’être considérée comme un rassemblement illégal de personnalité. C’est des histoires de droit, de juridiction, de truc pour nous autoriser à faire du commerce ou autre. J’ai jamais tout compris. Faudra demander à Trowa pour de plus amples détails ! Déclara Duo.

-Les gens n’ont pas le droit de se regrouper ?

-Pas s’ils foutent la merde ou se forment en association contre d’autres personnes.

-Dans ce cas-là, intervint Mimiko, ne sommes-nous pas illégales ? Notre groupe n’est pas recensé en guilde.

 -Bien sûr que vous êtes illégales, pourquoi croyez-vous qu’on vous poursuit partout ? Mais votre cas est un peu différent. Vous êtes les filles de l’autre Monde.

-Encore ces histoires… Marmonna Asuka d’un air incrédule avant de décider de s’extirper totalement de la tente.

Elle trembla un peu sur ses jambes comme si elle ne les avait pas utilisées depuis des mois.

-Combien de temps j’ai dormi ?

-Un peu plus de deux semaines, répondit Isaka. D’ailleurs il était temps que tu te réveilles, je ne sais pas combien de temps Mimiko aurait tenu avant de lâcher son cyborg sur Duo.

-Je ne « lâcherais » jamais HEERO sur Duo ! Intervint Mimiko, scandalisée.

Le concerné ne fit, comme à son habitude de cyborg, aucune remarque, même lorsque sa brunette de maitresse plongea ses yeux accusateurs dans les siens, semblant attendre quelque chose de sa part.

Asuka quant à elle était intérieurement mortifiée d’avoir passé autant de temps à roupiller et d’avoir obligé ses équipiers à l’attendre et à camper au beau milieu de nulle part dans la montagne.  

-Alors qu’allons-nous faire maintenant ?

-Eh bien si Mimiko voulait bien cesser de penser que sa machine se rendrait compte de ses sentiments, elle me laisserait l’utiliser pour joindre Tifa et lui demander de nous prendre en STOP, affirma Duo.

Mais ses paroles provoquèrent à leur grand étonnement deux réactions : Mimiko regarda Duo avec horreur comme s’il parlait de violer son cyborg et Heero le foudroya du regard laissant à penser que malgré tout, il éprouvait une certaine animosité pour l’invoqueur à la natte.

-HORS DE QUESTION !

Mimiko fut cependant la seule à s’exclamer.

-Donne nous le numéro de Tifa et laisse Heero la contacter !

-Mais il ne la connait même pas…

-Elle est d’AVALANCHE, je la connais, répliqua Heero laissant entendre sa voix grave tellement rare qu’elle en restait surprenante.

-Ah oui, tu es sorti avec elle ? Ironisa Duo.

Mais Heero ne retint pas sa pique et se tourna vers Mimiko pour s’agenouiller près d’elle :

-Veux-tu que j’appelle cette Tifa ?

-Si ça ne te dérange pas, répondit-elle sous un bruyant soupir désespéré de Duo.

Ce dernier préféra s’occuper d’Asuka et Isaka les suivit d’un pas guilleret à l’idée de bientôt quitter ce lieu désert.

Resté seuls, Mimiko et Heero s’occupèrent de l’appel. Une fois cela fait, Heero fixa sa maitresse.

-Qu’il y a-t-il ? Demanda-t-elle.

-Ca ne me dérange pas. Répondit-il.

-Hmm ?

-J’ai été conçu pour être utile alors il est inutile de me demander si ça me dérange.

Mimiko ne répondit pas immédiatement, notant intérieurement qu’il n’aimait pas montrer son individualité quand les autres étaient là.

-Je te le demanderai, répliqua-t-elle. Je te le demanderai à chaque fois si tu me dis ça comme ça. Si tu ne veux pas que je le fasse dis « je ne veux pas que tu me demande si ça me dérange ».  

Les yeux d’Heero devinrent sombres et son air coupable insupportable revint se figer sur son visage :

-Je ne te cause que des ennuis… Je t’ai mise en colère tout à l’heure et j’ai bien peur de ne pas pouvoir devenir ce que tu veux que je sois…

-Est-ce donc si difficile ? Demanda douloureusement Mimiko en posant ses mains sur ses joues avant de coller son front au sien en fermant les yeux.

-…

-Je SAIS que tu es humain, tu me l’a montré. Je pensais que te libérer de Leonheart te permettrait d’être plus toi-même avec moi, mais tu es encore plus distant.

-Ce Maxwell a raison, je ne suis qu’une machine.

-Est-ce que ça te satisfait ?  

-J’ignore ce que c’est d’être satisfait…

-Tu mens.

-Je suis un cyborg, je ne mens pas.

-Tu mens.

-Je ne peux…

-Tu mens.

Mimiko le lâcha d’un air sombre et commença à partir dans la direction opposée de ses amis. Heero, inquiet de sa sécurité voulut la suivre mais elle l’arrêta tout en gardant un air distant :

-Je t’ordonne de rester là comme un petit chien stupide. On verra si tu es toujours satisfait de ton sort.

-Mimiko…

-Tu désobéirais à un ordre de ton maitre ?

Et Heero resta à sa place avec l’air effectivement d’un chien abandonné alors que Mimiko s’éloignait dans la montagne toute seule pour faire passer sa propre peine.

Comme elle aurait voulu qu’il la suive…

***

La chute pour les deux Arisa avait été rude et quand elles se réveillèrent, il leur était impossible de savoir pendant combien de temps elles avaient été inconscientes. La Arisa du présent était cependant bien consciente que c’était arrivé dans le passé. Au fond d’elle, elle savait ce qu’elle allait voir… Et pourtant…

****

Elle s’était réveillée au fond d’une grotte sous la glace. Le choc avait été brutal et elle massa sa tête. Inconsciemment, sa main passa sur les deux blessures qui marquaient son cou, dernier souvenir de Wufei et tout le désastre de sa situation lui revint d’un coup.

Se remettant debout, elle regarda au-dessus d’elle, cherchant à trouver un moyen de remonter. Mais les parois du puits étaient lisses, elle n’avait aucune chance de pouvoir s’y accrocher.

-Alors là c’est sûr, j’ai touché le fond… Ca doit être la punition que m’envoient les Ancêtres : Mourir congelée dans ce trou !

Un courant d’air glacé passa dans ses cheveux, les faisant s’envoler et elle tourna la tête, se rendant compte qu’il était aspiré par une étroite cavité dans la neige.

Si le vent y passait, cela signifiait sans doute qu’il y avait une sortie !

Elle agrandie aussitôt la cavité de ses mains pour pouvoir s’y faufiler et découvrit un tunnel à la surface comme vitrée. Un peu inquiète, elle le suivit, son cœur battant de plus en plus fort à mesure qu’elle avançait. Le vent qui s’engouffrait dans le passage semblait la pousser en avant et presque, mais c’était peut-être son imagination, souffler son prénom.

C’était comme-ci elle devait tomber dans ce trou et découvrir cet endroit. Mais cette réflexion lui faisait un peu peur.

Le tunnel s’élargit alors, donnant sur une grotte ronde et voutée. Le plafond était percé d’un trou et de la neige tombait de là sur un grand bloc de glace au milieu.

Il lui semblait voir quelque chose dans la glace, mais il lui fallait s’approcher pour découvrir ce qui s’y tenait vraiment.

Son cœur battait à cent à l’heure alors qu’elle faisait quelques pas hésitant.

Une silhouette d’homme se dessina peu à peu. Il se tenait agenouillé, ses deux mains sur le pommeau d’une grande épée à moitié enfoncée dans le sol. Ses long cheveux blonds tombaient de chaque côté de son visage. Un visage qui lui semblait curieusement familier.

-… Delph !

On l’avait cherché longtemps, le tombeau de Delph sans jamais le trouver. Sans se douter qu’il se trouvait figé à plusieurs mètres sous leurs pieds.

Elle avança la main vers la glace.

 

Alors que ses doigts la touchaient…

 

Ses derniers souvenirs furent deux yeux verts qui s’ouvrirent.
Puis le noir total.

****

Arisa retrouva l’ouverture dans le puits. Elle l’agrandit à nouveau et entra dans le tunnel.

Puisque c’était ici que tout s’était terminé, c’était ici que tout recommencerait.

Mais avait-elle envie de reprendre là où ça c’était arrêté ? Est-ce qu’elle risquait d’y laisser celle qu’elle était actuellement ? Avec tous ses souvenirs de l’Autre Monde ?  

Etait-elle vraiment une usurpatrice ? Ou sa vie une imposture ?

Tout d’un coup elle avait peur. Ses jambes tremblaient et ne voulaient plus avancer.

Quelle était la vérité ?

Qu’est-ce qu’elle était prête à perdre ? Et qu’est-ce qu’elle refusait de céder ?

Elle aurait voulu garder ses deux vies, mais l’une, ou du moins une partie, était nécessairement fausse.

Serrant les poings, elle s’exhorta au courage.

Puisqu’elle était incapable de prendre une décision autant qu’elle laisse le soin aux évènements de s’en occuper.

Elle se força à avancer jusqu’à la grotte ronde et son occupant endormi. Elle s’attendait à revoir Delph, prisonnier de son sarcophage de glace.

Sur les lieux, elle avança de la même façon, voyant se découper la silhouette humaine, et les cheveux, et l’épée… Mais !

Elle écarquilla les yeux de surprise, une partie d’elle refusant les aboutissants de ce qu’elle voyait.

 

Dans la glace, ce n’était pas Delph qui l’attendait.

 

C’était elle !

 

Une Arisa moins âgée qui était pétrifiée dans la glace.

*C’est moi… ! Mais alors moi je suis quoi ?*

 

-Elle attendait le moment où elle se rappellerait… Que comme Mimiko… Elle…

 

Arisa leva la main pour toucher son autre elle, mais au moment même où ses doigts entrèrent en contact avec la glace, elle se sentit soudain tomber dans les ténèbres, son existence se diluer et se dissoudre.

 

L’autre Arisa se réveillait.

***

Holy Flame était en train de s’endormir et le ciel s’enflammait de couleurs pastelles magnifiques. Trowa avait un petit sourire mystérieux depuis et Naru se demandait à quoi il était dû. Elle savait juste qu’ils approchaient du Sélénos, le lac où les monstres étaient censés s’être multiplié.

Mais avec tous ceux qu’avait détruit l’alchimiste, elle doutait qu’il en reste ne serait-ce qu’une dizaine.

Passant une courbe, ils tombèrent alors sur les rives du lac et là, elle ne pût que s’arrêter, ébahie.

Elle s’était attendue à un bête lac envahi de monstres, mais elle finissait petit à petit par comprendre que ce monde ne contenait pas uniquement des choses horribles et effrayantes, mais aussi des choses magnifiques comme il ne pourrait jamais y en avoir dans son monde.

Elle se rendait compte que c’était un cadeau de Trowa. C’était ça la raison de son sourire.

Le lac était immense d’une couleur entre le bleu et le vert foncé, on voyait de l’autre rive une unique bande sombre au loin et sur les eaux calmes se tenaient des espèces de nénuphars aux fleurs d’un beau rose où voletaient ici et là des petites lueurs de couleurs différentes comme celles qui apparaissaient lorsque les monstres étaient vaincus.

-Wouaah…

-On dit que la nuit des centaines de furolucioles se réunissent sur le lac. Ca doit être assez impressionnant.

-Oui…

-Ca tombe bien, nous allons camper sur cette rive. Nous traverserons demain.

Il s’éloigna d’elle à longs pas pour trouver un bon emplacement. Naru, elle, resta à sa place un moment, continuant d’admirer le ballet des lucioles. Fascinée et perdue.

Elle ne savait plus quoi faire.

Elle pouvait essayer de se le cacher, mais la vérité était qu’elle ne se voyait pas abandonner totalement ce monde. Elle qui était censée être la cartésienne du groupe, la censée, la logique, la responsable, elle ne voyait pas comment elle pourrait reprendre la vie qu’elle avait là-bas sans être assaillie par la vision de ce lac, de ce pays, de Trowa, qui petit à petit s’estomperont et deviendraient inaccessible, comme les derniers souvenirs d’un rêve qui cherche à s’échapper au réveil.

Trowa monta une petite tente qu’il lui laissa et fit un feu où il fit cuire en brochette divers fruits qu’il avait ramassé dans la journée. Il devait bien les connaitre car ensemble ils se révélèrent succulents, plus juteux, rafraichissants et vivifiant que tous les fruits qu’elle connaissait.

Des fruits dont la pousse et la croissance n’avaient pas été modifié par l’Homme pour des critères de rendements ou d’apparences…

La nuit tomba peu à peu, Naru fit presque toute la discussion, Trowa était peu bavard mais il l’écoutait attentivement et son unique œil, d’un vert pénétrant, resta fixé sur elle.

Elle finit par s’excuser et se retirer dans la tente, mais une fois couchée, toutes les pensées qu’elle cherchait à chasser revinrent.

Elle pensait à sa famille dans l’autre Monde, à ses responsabilités vis-à-vis de ses amies, mais aussi à quel point il serait fou de rester ici, que ce n’était pas du tout raisonnable, qu’elle se faisait des idées juste parce qu’un type magnifique lui accordait son attention, alors que c’était elle qui s’était engluée à ses pattes. Comment une fille comme elle pourrait survivre dans ce monde insensé ? On se tapait dessus plutôt que de se parler, des potions étaient capable de ramener les gens à a vie et les morts se transformaient en monstre !

Mais n’était-ce pas, quelque part, ce qui était beau dans ce monde ? Ce flou entre la vie et la mort qui faisait que tout n’était pas définitif et que même quelque chose d’aussi triste et d’aussi glauque que la mort se transformait ici en une nuée de lucioles colorées ?

Incapable de s’endormir, incapable de savoir où elle en était après deux heures de réflexion intensive, les larmes aux yeux, elle rampa hors de la tente et s’approcha de la rive du lac pour s’y asseoir et observer les furolucioles qui étaient beaucoup plus nombreuses et qui donnaient l’impression que le lac était couvert d’étoiles.

Ce spectacle la touchait au cœur et elle se sentit étrangement nostalgique alors qu’elle n’avait pas encore quitté ce lieu.

Elle réagit à peine lorsqu’elle sentit deux bras musclés enserrer sa taille, le souffle de Trowa dans ses cheveux et sa présence rassurante derrière elle.

-Pourquoi pleures-tu ?

Sous la seule lumière que leur offrait le spectacle du lac, elle trouvait plus facile de se révéler.

-Je ne sais plus où j’en suis… Mes convictions… Semblent toutes s’effacer depuis que tu es là.

Il passa la main sur sa joue en une caresse très tendre et lui fit tourner le visage vers le sien :

-Et c’est mal ?

-Déroutant.

-Si ça peut te rassurer, moi aussi je ne m’attendais pas à ça… Pas à trouver ta présence si agréable, si douce… Moi qui fuyais les autres, je conçois à présent un manque.

-Un manque ?

-Disons, que je ne voyais pas plus loin que le jour où je détruirais la sorcière et que, durant cette journée, je me suis mis à penser à après…

Ses doigts à présent sur son menton, il cueillit un bref baiser sur ses lèvres.

Le bref temps qui suivit, scrutant son œil pour y découvrir la réalité de ces sentiments, Naru s’en servit pour envoyer balader toutes ses hésitations, tout en se traitant intérieurement de folle, et se redressa pour l’embrasser à son tour, beaucoup plus longuement et profondément.

Elle se retourna vers lui, passant ses bras autour de son cou et s’abandonna juste à ce qu’elle ressentait.

Trowa fut un peu surprit au début, puis adapta sa position, l’attirant vers lui, passant une main dans les boucles brunes de sa chevelure avant de les faire basculer tous les deux sur le sol.

Ils profitèrent de cette nuit étincelante pour s’aimer comme si c’était la première et la dernière fois.

***

De l’autre côté de la planète, un autre couple se tenait étroitement enlacé.

-C’est un peu gênant… Geignit Asuka alors que Duo lui faisait lever les bras et y faisait glisser ses mains jusqu’à les joindre aux siennes.

-C’est le seul moyen pour que j’arrive à te faire comprendre ce que c’est, alors, laisse-moi faire et épouse mes mouvements s’il te plait.

Asuka lui lança un regard peu amène de derrière son épaule.

-Eh ça sert à rien de faire ta prude, c’est bien pour ça qu’on s’est éloigné des autres.

-Tu as dit que c’était parce que c’était un truc entre invoqueur.

-Aussi, mais je savais que t’arriverais pas à te concentrer si on te regardait.  Allez !

Il avança d’un pas, elle avança d’un pas, il baissa son bras, elle baissa son bras, son sceptre faisant une parabole dans l’air. Il se tourna, elle fit de même.

Il était difficile de le suivre, si les pas avaient eu un sens, un ordre, cela ne lui aurait pas vraiment parut compliqué, mais là elle se sentait juste tirée ou poussée par Duo.

-Cesse de penser Asu, éteint ta tête et ouvre ton cœur, il n’y a que lui qui peut sentir le rythme, lui murmura t’il comme s’il avait deviné à quoi elle pensait.

Elle essaya de vider son esprit, mais lorsqu’elle ne pensait plus à ce qu’elle était censée faire, ses sens se mettaient aussitôt à l’écoute et c’était la présence du corps de Duo contre le sien qui s’imposait.

*Pas bien, pas bien, pas penser à ça… Mais en même temps, si en plus il me dit d’écouter mon cœur… A quoi il s’attend ce crétin ?!?!*

-Ca marche pas, gémit-elle.

Duo s’arrêta dans sa danse et la tourna vers lui, l’air plus sérieux que jamais.

*Ouah on dirait que c’est plutôt important pour qu’il n’en profite pas…* Songea-t-elle.

-Arrête de t’apitoyer sur toi-même. Tu n’es pas là pour toi, ce que tu fais ce n’est pas pour toi mets-toi en situation : tu montres la voie aux esprits, tu les soulages. Tu dois te montrer confiante, généreuse, aimante et miséricordieuse. Tu dois donner de la joie aux esprits, sinon ils ne rejoindront pas l’Au-delà et se transformeront en monstre pour se venger des vivants. Tu peux faire ça ?

Elle avait l’impression de se faire gronder et un peu honteuse, elle détourna le regard.

-Oui.

-Bon, reprenons alors !

Plus décidée, elle se remit en place et tacha de s’oublier et d’imaginer qu’il y avait de pauvres âmes devant elle qu’elle devait soulager.

Quelle tâche difficile que celle d’être Invoqueur !

Etre un type de combattant n’empêchait pas de faire un métier à côté qui ne pouvait ne rien à voir, mais les Invoqueurs, tout comme les Mages Bancs à ce qu’elle avait compris, étaient JUSTE des Invoqueurs et des Mages Blancs. Les uns étaient capables d’entrer en communication avec l’Au-delà et le monde des Esprits, ce qui en faisaient des sortes de maitres spirituels, régissant les grands changements de la vie, les autres gardaient les êtres humains le plus longtemps possible dans le Monde des Vivants.

*Et en plus de ça, on me demande d’être une princesse…*

Elle chassa aussitôt cette pensée de sa tête, il fallait qu’elle cesse de penser à sa petite personne. Si Duo y arrivait, elle devrait y arriver elle aussi.

Dans l’air vif de la montagne, elle se mit à écouter le bruit du vent et les lointains cris des rapaces. Puis petit à petit, s’en sans rendre compte, elle cessa de se laisser guider par le jeune homme et anticipait ses mouvements. Elle n’était plus manipulée, elle dansait à présent au même rythme que lui, même si elle n’en avait pas véritablement conscience.

Au début imperceptible, elle avait commencé à entendre le tempo, le rythme cardiaque de ce monde, accompagné par la voix des esprits, de plus en plus fort, jusqu’à la placer dans un état de transe.

Elle ne se rendit même pas compte que Duo la lâchait pour s’éloigner et la regarder continuer à danser toute seule.

Pas plus que des furolucioles qui étaient apparues, attirées par elle et qui virevoltaient autour de son corps.

Et encore moins des larmes qui coulaient sur ses joues parce qu’elle sentait toute la tristesse de ce Monde à l’agonie.

Elle finit cependant par s’arrêter, épuisée Ses jambes cédèrent et elle se laissa glisser sur la pelouse.

Les furolucioles s’éloignèrent et s’évaporèrent dans le ciel.

Duo s’approcha et se planta à ses côtés, l’air détendu.

-J’ai bien dansé ? Demanda-t-elle.

-Oui, c’était bien. En tout cas ça a plu aux esprits. Il n’y en a jamais eu autant autour de moi.

-Je sais pas vraiment comment j’ai fait.

-T’en fait pas, t’arriveras à le refaire quand il le faudra… C’est pas vraiment quelque chose qu’on fait tous les jours… Et c’est pas particulièrement marrant. Mais il faut le faire. Sinon tu sers à rien en tant qu’invoqueur !  

-Ey ! Répliqua-t-elle en lui donnant une tape sur les chevilles. Tu veux dire que je servais à rien jusqu’ici ?!

-Eh bien maintenant tu sais envoyer les âmes des morts dans l’Au-Delà. Tu connais la Cérémonie d’Accompagnement. Donc la prochaine fois qu’on tombera sur des macchabés, on s’évitera des problèmes.

-Et pourquoi tu le ferais pas, toi ?!

-… Parce que ça me saoule d’être en Invoqueur. Je préfère vraiment plus être en voleur !

-… En gros t’as la flemme quoi.

-…Ouais !

Evitant un nouveau coup, le jeune homme s’enfuit en ricanant retrouver les deux autres filles. Asuka préféra rester un instant à sa place, contemplant les montagnes face à elle, pensive.

Cette expérience où elle était entrée comme en communication avec les esprits l’avait plus marqué qu’elle ne l’avait laissé voir à Duo.
Ce Monde l’acceptait comme sienne et il semblait attendre quelque chose d’elle…

***

-ARISA !!!!

-ARIIISAAAAA !!!!!

-MA PETITE FIIILLLEEE !!!!

Wolfs, Kitsune et Umiko s’arrêtèrent un instant d’appeler tandis que Spinel Sun descendait vers eux :

-Il y a eu comme un effondrement de la neige plus au nord. Elle y est peut-être, je vais vous guider !

Le groupe se mit alors à suivre le cyborg, le cœur plein d’espoir après près d’une heure de recherches vaines.

-C’est un territoire dangereux par-là, marmonna Wolfs sans pour autant cesser de courir.

Et pour la énième fois, Kitsune maugréa qu’elle ne comprenait pas pourquoi elle s’était enfuie aussi brutalement sans les prévenir.

Par chance il ne neigeait pas et ils avaient pût suivre à plusieurs endroits les traces de pas de la jeune guerrière.

Ils furent soulagés de les retrouver au fond du puits de glace.

-Elle a dû tomber, je vais tendre une corde pour que nous puissions descendre, annonça Wolfs en déroulant la corde qui lui servait de ceinture.

Il l’attacha à un sapin et descendit le premier. Kitsune et Umiko le suivirent sans trop de difficulté : les cordes du vaisseau fantôme les y ayant bien entrainées.

Ils découvrirent alors le passage menant à la grotte, que Wolfs et sa large carrure dut agrandir.

-J’espère qu’il ne lui est rien arrivé… Souhaita Kitsune alors qu’ils suivaient le tunnel.

-Elle est forte, la rassura Wolfs. Elle l’a toujours été, c’est bien ma petite fille.

La rousse ne lui répondit pas, elle s’en voudrait de lui briser ses espoirs, même s’ils étaient faux.

Mais Arisa ne pouvait pas être deux personnes à la fois à deux endroits différents. C’était impossible.

Ils arrivèrent finalement dans la grotte et s’arrêtèrent brusquement. La salle était complètement vide à part le corps d’Arisa qui gisait par terre.

Son père bondit à son chevet, la retournant pour voir son visage et de grosses larmes de soulagements glissèrent de ses yeux.

-C’est elle, c’est ma petite fille ! On dirait qu’elle n’a pas changé depuis qu’elle nous a quittés !

Umiko, compatissante, tapota le dos du géant blond alors que Kitsune se penchait sur la jeune fille pour voir si elle devait la guérir ou pas.

-Tiens… On dirait qu’il y a quelque chose de bizarre avec elle…

-Quoi ? S’inquiéta Wolfs.

-Bein euh… Elle vous semble pas plus… Petite ?

C’est ce moment que choisit Arisa pour se réveiller, l’air pâteuse.

-Arisa ! S’exclama son père en l’aidant à se remettre debout.

-C’est affreux, j’ai l’impression qu’un troupeau de mammouth m’est passé dessus… Geignit-elle.

Elle se redressa et alors ses deux amies eurent un moment de flottement.

Debout, elle faisait une demi-tête de moins que Umiko et deux têtes de moins que Kitsune.

-HEIIIINNNN ?!?!?!?!?

Plus haut, leur cris firent tomber plusieurs paquets de neige des sapins et s’envoler tous les oiseaux.

De toute évidence, il leur devenait de plus en plus difficile de quitter le Monde des Dragons…  

 

A suivre…