Un grand feu crépitait dans le village. Des hommes et des femmes dansaient autour de lui revêtus de parures animales au son des tambours. Les jeunes guerriers étaient tous assis en ligne, impressionnés et excités car ils participaient à leur première cérémonie d’adulte : celle de leur intégration, celle qui ferait d’eux des guerriers au même titre que leurs pères et leurs mères. C’était à l’issu de ce cérémonial, après avoir fait leur première chasse au Mammouth, que le chaman du village leur révélait le totem que les esprits avaient choisis pour eux.

Quatre s’approchait déjà du feu, il avait enfilé sur sa tête une grande cape de fourrure blanche. Il leva les bras devant le feu, celui-ci s’en trouva attisé, semblant vouloir brûler les nuages. Les yeux du jeune homme brillaient dorénavant des couleurs changeantes du brasier sous sa capuche à tête de renard.

-Quatre est très impressionnant comme chaman… Murmura Wufei à l’oreille d’Arisa qui se tenait à côté de lui, excitée comme jamais.

-Si seulement il pouvait aller plus vite dans les préliminaires… Râla celle-ci en trépignant.

Elle se tut lorsque son frère pris enfin la parole :

-Nous sommes réunis aujourd’hui pour accueillir parmi nous ces enfants qui dés ce soir deviendront des adultes… Une fois que leur totem leur sera révélé !

Wolfs, de l’autre côté du feu approuva de la tête, fier comme jamais en regardant ses enfants.

L’instructeur passa devant les élèves et se posta devant eux :

-Moi, Myoka, annonce solennellement que ces enfants sont prêts à rejoindre nos rangs de guerriers !

Il s’éloigna et des hommes et des femmes portant des bols rempli d’un liquide rouge ainsi que des instruments de fer prirent sa place et s’installèrent par terre.

Quatre posa une main sur l’épaule de Myoka puis se dirigea vers le bâtiment de toile qui servait de temple, un peu à l’écart du village et où le chaman pouvait méditer pour contacter les dieux. Il passa un rideau qui cachait l’entrée et disparut dans la tente d’où sortait un filet de fumée orangé.

L’instructeur appela alors le premier garçon et lui fit signe d’entrer. Tout le monde resta silencieux en attendant son retour. Cela dura cinq minutes et le garçon ressortit, un sourire tranquille au visage :

-Le faucon ! Annonça t’il et les tambours l’approuvèrent tandis qu’il se dirigeait vers les peintres qui entreprirent de lui dessiner deux formes rouges ressemblant à des ailes déployée sur ses clavicules, ainsi qu’un petit triangle, représentant un bec, entre les sourcils, et pour finir, trois petites griffures de chaque côté de son ventre pour symboliser les sers.

Entretemps, une fille avait été appelé et ressorti de la tente avec pour totem le lièvre. Une troisième personne partie dans la tente alors qu’on brûlait au fer rouge les symboles peint sur la peau du premier pour qu’ils s’inscrivent à vie.

Vint finalement le tour de Wufei qui se leva souplement, sans aucune anxiété sur le visage et qui disparut dans la tente.

Arisa était curieuse de savoir quel genre d’animal présiderait sa vie, même si pour l’instant, elle s’inquiétait surtout pour elle. Elle était pressée, ça oui, mais elle avait aussi peur.

Au bout de dix minutes interminables, il ressortit et chercha son père adoptif des yeux. Il lui adressa un sourire et annonça d’une voix forte et claire :

-Le tigre aux dents de sabre !

Un « oooooooh » de surprise et d’admiration suivit sa déclaration car c’était un totem très puissant et surtout très rare. Avec un totem de ce genre, il était sur d’avoir un destin hors norme.

Arisa n’arrivait cependant pas à partager l’euphorie de ses parents et c’est un peu abattue qu’elle prit la route vers la tente et passa le rideau pour retrouver son grand frère. L’espace était remplie de tapis aux couleurs chatoyantes : il faisait chaud dans cette pièce, éclairé par un feu orangés et parcourue de fumée d’encens.

-Te voila enfin Arisa, déclara Quatre, assis en tailleur derrière le feu. Assis toi.

La jeune fille s’exécuta et laissa son frère lui prendre les mains à travers les flammes. Etrangement, celles-ci ne lui faisaient pas de mal. Elle observa distraitement son frère fermer les yeux et entrer dans l’état de transe.

Il fallait qu’elle ait un totem qui soit, sinon plus, aussi puissant que celui de Wufei, sinon elle craignait de ne pas pouvoir le suivre là où son destin le mènerait. Elle pria très fort et ferma les yeux, ce qui l’empêcha de voir que le feu changeait brusquement de couleur, devenant bleu et se gonflant, crépitant de milles étincelles. Quatre ouvrit les yeux : des yeux d’aveugle et ce qu’il vit alors figea son visage dans une expression d’ahurissement.

Puis tout s’arrêta, le feu se rétracta brusquement et s’éteignit, plongeant la tente dans la pénombre. Quatre lâcha les mains d’Arisa, récupérant ses beaux yeux lagune. Celle-ci fit de même et regarda d’un air confus l’obscurité.

-Euh… C’est fini ?

-Oui. Répondit son frère qui se massait les tempes, l’air soucieux.

-Et… Alors ? Qu’est ce que les dieux ont dit ? Demanda Arisa avec espoir.

-… La musaraigne.

-Hein ?!

-Ton totem est la musaraigne.

Probablement le totem le plus petit et le plus ridicule qui soit. On le marquait à peine d’un point au dessus du nombril.

-Tu te moque de moi ?! Ca ne peut pas être mon totem… C’est… si insignifiant… Personne ne peut l’avoir !

-Je ne fais que t’apprendre ce que les dieux m’ont dit, répliqua Quatre en évitant son regard.

La jeune fille semblait furieuse.

-NON ! C’EST FAUX !!! TU DOIS TE TROMPER !!! RECOMMENCE !!!

-Ne fais pas ta gamine Arisa…

Elle sentait qu’elle avait les larmes aux yeux. Elle les referma avec fureur un instant pour les chasser. Elle se sentait tellement minable, tellement honteuse… Et c’était tellement injuste… Ses sentiments oscillaient d’une seconde à l’autre entre le chagrin et la colère sans arriver à se décider pour l’un ou pour l’autre. Et comme son frère semblait ne plus faire attention à elle, comme si lui aussi avait honte d’elle, elle se leva et sortit tel un ouragan de la tente.

Sur le seuil, elle tomba nez à nez avec une centaine de regard fixés sur elle, curieux et inquiets. Elle regarda d’abord son père, puis passa à sa mère, puis… finit par trouver Wufei qui arborait de chaque côté de son torse deux longs crocs rouges et sur ses épaules deux cercles.

Ne pouvant supporter leurs regards pleins de questions plus longtemps, elle tourna la tête, cachant les larmes qui cherchaient à réapparaitre et s’enfuit dans la nuit.

**

Cachée sous une fourrure toute soyeuse, allongée dans son lit, elle entendit sa famille rentrer. Il devait penser qu’elle dormait car ils ne prirent pas la peine de chuchoter pour parler.

-Crotte de mammouth… Qui aurait pût croire qu’Arisa ait un tel totem… Maugréa son père.

-Musaraigne ou pas, il était très impoli de quitter comme ça la cérémonie. Elle aurait mieux fait de faire preuve de maturité en restant et en assumant son totem.

Sa mère.

Elle entendit un pas monter l’escalier et la porte de la chambre s’ouvrit. Arisa savait à qui appartenait cette démarche et Wufei s’assit au bord de son lit, touchant du bout des doigts l’endroit de la fourrure où il savait se trouver sa tête :

-Arisa… Tu sais, ce n’est pas très important…

Rien qu’au son de sa voix, elle savait qu’il était inquiet car il parlait de façon douce et aimante. Il arrivait toujours à la faire craquer ainsi. Mais pas aujourd’hui…

-… En tout cas pour moi ça n’en a aucune. Tu ne change pas à mes yeux… Continua-t-il.

Elle décida de ne pas l’écouter et de se concentrer sur ce qui se disait en bas. 

-Meuuu… Je sais pas si je serais resté à sa place… Déclara Wolfs.

-Là n’est pas la question Wolvy. Cela pose de sérieux problèmes… Quatre ne pouvant devenir le prochain chef du village, c’était à Arisa d’en assumer la tâche, pourtant personne ne voudra la suivre avec un totem pareil…

Le cœur de la jeune fille se serra en entendant cela. Elle avait envie de hurler sur sa mère même si celle-ci avait raison.

-Oui, enfin… Il reste Wufei…

-Wufei ?!? S’exclama Xyadya.

-WUFEI ?!? Rugit Arisa en se redressant, faisant sursauter ce dernier qui était en train de la consoler.

Sans faire attention à lui, elle déboula dans l’escalier jusqu’au salon où ses parents discutaient.

-Mais enfin Wufei n’est pas vraiment notre fils… Et en plus c’est un eylien… Continuait Xyadya.

-Et il est hors de question que Wufei devienne Chef de village à ma place ! Tonna Arisa en se plaçant entre eux.

-Oui mais ma chérie… Ta mère a raison… Enfin je critique pas ton totem… C’est très mignon une musaraigne… Et puis tu as toujours été un peu ma petite musaraigne mais… Bafouilla Wolfs tout sucre tout miel, essayant de calmer la fureur de sa fille adorée.

-RAAAH ! Je veux plus entendre parler de ce totem !!!

-Arisa, c’est bien CE totem le problème, répliqua sa mère en plantant ses mains sur ses hanches.

-Peu importe ce que disent les dieux, je suis aussi forte que Wufei, je suis plus rapide que la plupart des garçons et je suis la plus endurante !

-Allons, allons… Mes douces, mes petits animaux du désert… Ca ne sert à rien de vous disputer ainsi. Moi je l’ai la solution : Arisa va épouser Wufei !

-HEIN ?!?    

Sur la plus haute marche de l’escalier, Wufei se tapa le front de sa main, désespéré.

-Eh bien oui, vu que le totem de Wufei est surpuissant, il compensera celui d’Arisa et au final, il y aura bien un membre de notre famille et un Delphien comme chef du village et personne n’aura rien à y redire !

-… SI : MOI ! Cracha Arisa. T’es fou : Wufei est mon frère et je n’ai pas l’intention de vivre dans son ombre toute ma vie !

-Wufei n’est pas vraiment ton frère…

-NON ! Je n’ai pas besoin de lui, je suis aussi capable de devenir Chef du village sans lui ! D’abord c’est qu’un eylien ! Il devrait pas être plus fort que moi ! Et il devrait pas avoir le droit d’avoir un totem aussi puissant ! C’est injuste ! C’est à moi que tout cela devrait revenir !

Elle craquait. Dés que son père avait lancé l’idée du mariage, elle ne s’était plus contrôlée et avait sortit des choses horribles qu’elle ne pensait pas. C’était une autre Arisa qui parlait, pas elle. Elle, elle aimait Wufei plus que tout. Elle l’aimait d’autant plus qu’elle savait qu’il avait sûrement entendu tout ce qu’elle venait de dire et qu’il devait se sentir blessé. Et cela lui faisait du mal, cela la faisait se détester, alimentant son sentiment d’injustice.

-… Arisa…

-JE VAIS VOUS PROUVER QUE JE VAUX MIEUX QUE LUI ! OUI ! JE VAIS VOUS EN DONNER LA PREUVE ! Hurla t’elle finalement avant de sortir de la maison et de claquer la porte derrière elle.

-… Eh bien bravo Wolfs, commenta Wufei en descendant. Vous devriez vous contenter d’étrangler les taureaux, c’est plus dans vos cordes… Je vais aller la chercher : je la connais, quand elle est dans cet état là, elle ne s’attire que des ennuis.

***

Arisa sauta les marches et atterrit dans une neige meuble. Par chance, le temps était clair et les deux lunes, gigantesques,  brillaient dans un ciel couleur bleu marine et faisait étinceler le sol. Elle courut droit devant elle, quittant le village sans regarder en arrière, empruntant le chemin dans la forêt qu’elle avait déjà suivit des milliers de fois… aux cotés de Wufei.

Elle ne voulait plus penser à ce qui s’était passé ce soir, plus jamais. Elle allait prouver de quoi elle était capable, ainsi tout le monde saurait que Quatre s’était trompé…

Il ne restait plus qu’à trouver ce qui pourrait la racheter aux yeux du village. Mais plus elle y réfléchissait, plus elle s’apercevait que ses idées étaient toutes irréalisables…

Un caillou la fit trébucher et elle s’étala plat contre la neige au milieu du chemin. Elle releva la tête pour ne pas mourir étouffée, des larmes lui piquaient le coin des yeux.

C’est alors qu’elle s’aperçut qu’elle se trouvait sur le coin du chemin qui longeait la lande interdite.

Le pays des vampires.

-Mais bien sur ! Je vais aller jusqu’au château de glace et en ramener quelque chose ! C’est pas deux ou trois vampires qui vont me faire peur ou me décourager !

Elle se releva et pour la première fois de sa vie, traversa les bosquets qui la séparait de la plaine gelée parcourue de tourbillon de neige.

Ses bottes s’enfoncèrent de quelques centimètres dans le sol, marquant nettement son passage, alors qu’elle avançait, balayée par les volutes glacées. Elle marcha longuement dans ce désert, perdant de vue sa forêt bien aimée et par la même occasion, se sentant de plus en plus anxieuse.

Bien qu’elle restait vigilante, elle n’avait encore aperçu âme qui vive. Que ce soit animal ou vampire. Ce territoire à l’extrême nord-est du Pays de Delph semblait complètement désert et irréel. Arisa s’arrêta et tourna sur elle-même, découvrant autour d’elle un monde plat, lisse (hormis là où ses bottes avaient marqués la neige) où le ciel semblait prendre toute la place, bleu foncé, immense, d’où semblait l’observer les deux lunes.

Un jour sa mère lui avait dit que les lunes étaient l’alliées des femmes.

Mais ce qui l’angoissait, c’était l’absence totale de bruit. C’était si inhabituel… Surtout pour elle qui ne supportait pas la solitude.

*C’est pas le moment de fléchir !* S’exhorta t’elle.

Elle se força à continuer son chemin, se rappelant des récits contés par les anciens lors des assemblées annuelles des Clans, ceux parlant d’héros qui avaient osé combattre les créatures de l’ombre.

Tout droit vers le Nord, un pic se dessinerait et c’est dans cette direction qu’elle devrait avancer si elle voulait trouver le mystérieux château de glace…

Elle se répétait ces quelques mots en boucle, les nerfs de plus en plus en pelote, l’absence de bruit de plus en plus insoutenable…

Plus d’une fois elle fut tentée de faire marche arrière, mais il lui suffisait de se rappeler ce qui s’était passé pour reprendre sa route. Plutôt mourir que subir l’humiliation.

Finalement, son courage fut récompensé par l’apparition du fameux pic. Blanc, il tranchait l’horizon comme une petite faille.

A sa vue, elle se mit à courir. Voir un tel objet qui cassait l’uniformité du paysage était comme apercevoir un oasis en plein désert. Oubliant qu’elle courait vers un lieu rempli de danger, elle fut immensément heureuse de le voir grandir et se muer en une immense cathédrale de glace qui semblait toucher le ciel.

Arrivé face à la porte, Arisa n’en croyait pas ses yeux. Ce bâtiment était une véritable œuvre d’art. Elle se reprit soudain, prenant conscience de l’endroit où elle se trouvait et détailla les lieux à la recherche de vampire.

Rien. Pas âme qui vive. A condition qu’ils aient une âme évidemment… Mais Bella Swan n’étant pas là pour lui donner son avis sur la question, Arisa entrouvrit la porte d’entrée et se faufila à l’intérieur.

Elle n’y croyait pas mais l’intérieur était encore plus beau que l’extérieur. Au dessus d’elle, un grand lustre en cristal étincelait, tous les meubles semblaient faits de verres, brillants, transparents… Les escaliers ressemblaient à une cascade figée de froid… Le sol était comme un miroir…

Elle dût à nouveau se forcer pour cesser d’admirer les lieux. Ce château semblait empreint d’un charme qui forçait toute personne qui le voyait à s’approcher et à vouloir y rester… Pour y mourir de froid ou privé de son sang…

Elle en oubliait presque les vampires et la fumée qui apparaissait à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche. Pourtant, si cette dernière était bien là, il n’y avait toujours aucune trace des suceurs de sang.

Bah, ce n’était pas grave, songea Arisa, personne ne saura que je n’ai pas rencontré de vampires et si on me pose la question, je n’aurais qu’à inventer… Tant que je ramène un objet de ce foutu endroit…    

Elle regarda autour d’elle, cherchant l’objet qui pourrait faire l’affaire. Elle se décida pour une fine coupe joliment ouvragée. S’approchant de celle-ci, elle se sentait à nouveau hypnotisée par le charme de ce tombeau de glace et eut une infinie difficulté à retirer l’objet de la table.

C’est alors qu’elle levait la coupe dans ses mains qu’elle se figea, découvrant dans le reflet glacé, une sombre silhouette dans son dos.

Elle glissa de ses mains et se fracassa en millions de petits morceaux de glace.

Arisa se retourna aussitôt, une main dans son dos pour attraper son épée et faire face à son ennemi. Celui-ci eut un sourire tranquille.

C’était la première fois qu’elle voyait vraiment un vampire.

Grand, long, le teint grisâtre, les yeux rouge sang, il avait cependant l’air humain. Il n’était pas particulièrement beau avec son nez busqué et ses longs cheveux blancs, mais il se dégageait de lui une étonnante élégance… Une impression de raffinement. A l’image du lieu où il habitait. Il portait une cape noire drapée dans son dos, une chemise blanche de flanelle avec dentelles à l’appui et un gilet brodé un peu défraichi. Et malgré ça, Arisa n’arrivait pas à trouver le moyen de le trouver ridicule. Elle avait l’impression que son sang s’était transformé en coulée glaciale sous sa peau.

Sans dire un mot, il avança la main et sous les yeux d’Arisa, la coupe se reconstitua par terre. Il se baissa et la récupéra avant de disparaitre en une seconde de sa vision.

La delphienne eut un sursaut de surprise et d’angoisse et le chercha frénétiquement des yeux. Elle entendit soudain le bruit d’un objet posé sur une table et réalisa avec horreur qu’il se tenait derrière elle, remettant tranquillement la coupe à sa place.

Il était en train de jouer avec elle.

Elle se retourna et décida qu’elle ne devait pas se laisser faire : brandissant son arme, elle fonça dans sa direction pour lui asséner un coup tout en criant pour se donner des forces.

Il disparut aussi vite que la dernière fois et avant qu’elle n’ait pu se retourner, elle se sentit attrapée et jetée au loin comme une simple poupée de son.  

Arisa prit les escaliers de pleins fouets  et les dégringola sans pouvoir s’arrêter : ses doigts ricochant à la surface lisse de la glace. Elle arriva cependant à y enfoncer son arme pour échapper de peu à l’attaque suivante. De peu, car une troisième la frappa déjà, tellement rapide qu’elle n’arrivait pas à suivre les déplacements de son adversaire et fut jetée en l’air et envoyée sur le palier du premier étage. Elle y glissa jusqu’à se cogner violemment le dos contre une statue.

Le corps perclus, elle ouvrit les yeux sur la statue, magnifique, d’une femme aux longs cheveux, et un bref instant, elle eut l’impression de la voir bouger, orientant ses yeux bleus sur elle.

Aïe elle allait vraiment mal si elle était sujette aux hallucinations…

Elle entendit le pas lent du vampire et tourna la tête vers lui en essayant de se relever. A côté de lui, elle était pire qu’un cachalot des sables, tous ses mouvements lui semblaient ralentis par 3.

*Un sort de Somni ? Ou c’est lui qui est sous l’effet d’un Booster ? *

Elle avait déjà entendu parler de ses sorts par Quatre et par Wufei… Des sorts que les delphiens n’aimaient guère… Comme la plupart des sorts en général…Trop eylien à leurs gouts… Oh Quatre… Wufei… Elle ne les verrait sûrement plus. Elle avait été tellement idiote de se croire au-dessus de tout. 

*Une vraie musaraigne…*

-Regarde la, elle est belle hein ? C’est trop d’honneur que de mourir sous les yeux de la Grande Shiva !

Mais qu’est ce qui lui baragouinait l’autre con ? Qu’il en finisse un point c’est tout ! Quelle rejoigne l’Au-Delà !

Mais pourrait-elle seulement rejoindre l’Au-Delà en étant tuée ainsi ??? N’allait-elle pas au contraire se retrouvée bloquée et se transformer en monstre ???

Un coup de pied la fit de nouveau dégringoler les escaliers et c’est avec des larmes qu’elle le senti, telle une ombre malfaisante, bondir sur elle pour mettre fin à sa misérable existence.

-NOOOON !!!!

Contrairement à ce qu’elle pensa immédiatement, ce n’était pas SON cri, bien qu’elle le pensa très fort avec en rajout un « ARGHHHHHHH » et un « PUTAIIINNNN» magistral.

L’ombre fut éloignée par une masse qui la frappa violemment.

Arisa ne put reprendre immédiatement le contrôle de son corps et resta couchée par terre malgré son immense envie de se relever. Les doigts se crispant contre la glace, elle entendait les deux autres se combattre sans pouvoir les voir.

*Leve toi ! LEVE TOI ! PUTAIN LEVE TOI !!!!*

Ses ongles griffaient le sol de frustration et la statue de Shiva la regardait sévèrement du haut de l’escalier.

*PAR TOUS LES DIEUX ! PAR DELPH ! PAR N’IMPORTE QUOI !!!*

Dans un cri de douleur, le corps de Wufei passa un instant au-dessus d’elle et se fracassa contre l’escalier, de là, elle pouvait bien le voir et ses lèvres se crispèrent.

Pourquoi l’avait-il suivi ? Pourquoi était-il là ?

Il émit un râle de douleur et essaya lui aussi de se relever, du sang coula doucement le long des marches de cristal.

Une ombre traversa son champ de vision et le vampire l’enjamba avec une allure nonchalante, ne faisant même plus attention à elle.

Il ramassa un peu de sang sur son doigt en montant l’escalier et le porta à sa bouche avec un petit bruit de succion affreux. Il contourna le corps de Wufei qui continuait à bander ses muscles pour s’échapper, le souffle haletant et s’assit sur la marche supérieure. Il attrapa le cou de Wufei pour le relever, ses doigts blancs ressemblant à des pattes d’araignée albinos sur le teint halé de l’eylien.

-Wu… Fei…

Le vampire la fixa en lui lançant un sourire cruel :

-J’espère que tu lui as dit au revoir avant de venir jusqu’ici ! Parce que tu ne le reverras plus jamais !

-..‘Ri… Sa…

*Non ! Arrêtez ! NON !*

Il pencha ses lèvres sur la nuque et découvrit deux canines acéré.

*NOOONNN ! WUFEIIII !*

Ce dernier semblait paralysé et à moitié asphyxié, mais ses yeux noirs étaient encré dans ceux d’Arisa et elle avait l’impression de l’entendre crier, crier… Et encore crier.

 

Qu’elle lui vienne en aide. Que c’était sa faute. Qu’il ne voulait pas mourir.

 

Ses pupilles se dilatèrent lorsque le vampire planta ses crocs dans sa chair et commença à aspirer avec un insupportable son de déglutissement qui résonnait dans la froideur et le silence du château de glace.  

Arisa avait perdu toute notion de temps et il lui sembla qu’une éternité s’était passé, figée dans l’horreur et dans les yeux de l’être qu’elle aimait plus que tout et qui était en train de mourir, doucement… Doucement… Par sa faute.

Il ne s’était pourtant passé que quelques minutes lorsqu’une horde de guerrier jaillit dans le hall en hurlant et en détruisant tout sur leur passage, Quatre à leur tête.  

Le vampire fut alors obligé de lâcher sa proie et elle vit le corps de Wufei retomber, inerte, sur le sol, les paupières fermées.

Son sang dégoulinant abondamment de son cou.  

Alors tout devient flou pour elle, elle entendit vaguement Quatre jeter un « Somni » sur le vampire et un « Booster » sur les guerriers, puis elle l’entendit près d’elle, la voix rauque d’inquiétude, l’appelant encore et encore alors qu’elle sombrait dans les ténèbres.  

***

Un immense dragon la regardait, ses yeux opalescents roulant de lumière et sa crinière ondulant comme une aurore boréale.

Une voix féminine résonna autour d’elle :

« Ce n’est pas encore le moment. »

Le dragon disparut alors, se fondant dans un ciel d’étoile.

***